Une saison à double visage
Il existe des saisons qui échappent à toute logique. Celle que vient de vivre l'Union Bordeaux-Bègles en est l'illustration parfaite. D'un côté, un trophée européen d'une valeur immense : le 23 mai 2026 à Bilbao, les Girondins ont dominé le Leinster 41 à 19 pour soulever une deuxième Coupe des Champions consécutive, rejoignant un cercle très restreint de clubs capables d'un tel « Back-to-Back » sur la scène continentale. De l'autre, une élimination du championnat de France avant même les phases finales — une première depuis 2019.
La dernière journée de Top 14, le 6 juin 2026, résume tout. Battus 31-34 par Clermont au terme d'un match serré, les hommes de Yannick Bru ont terminé à la 8e place du classement avec 70 points, manquant la qualification pour les barrages de peu. Une défaite synonyme de saison blanche sur le plan domestique.
« Comment le champion d'Europe a-t-il pu se retrouver absent des phases finales du Top 14 ? » — Question qui alimentera le débat tout l'été
La réponse tient en partie au double engagement. Performer en Champions Cup tout en maintenant un niveau de régularité en Top 14 est un exercice d'équilibriste que peu de clubs maîtrisent. L'UBB, qui a joué une finale européenne à Bilbao fin mai, a sans doute payé le prix fort d'une saison épuisante. Avec des internationaux sollicités tout au long de l'année — Tournoi des VI Nations, fenêtres de novembre — le groupe a subi une usure qui s'est traduite par trop d'irrégularités en championnat.
Le paradoxe de la Champions Cup
Le parcours européen de l'UBB cette saison fut impeccable. Dominatrice lors de la phase de poules avec le plein de points, la formation girondine a enchaîné les victoires sur la scène continentale, éliminant successivement ses adversaires en phases finales. En demi-finale, elles avaient déjà dominé Toulouse la saison passée (35-18) — une tradition de grands matchs qui semble faire la marque de ce club en Europe.
La finale contre le Leinster, institution irlandaise aux cinq titres européens, avait tout du choc des titans. Mais l'UBB a été impériale : 41-19, une démonstration. Deux étoiles ornent désormais le blason girondin, et c'est un fait historique que rien ne pourra effacer.
Pour autant, le capitaine Maxime Lucu — meilleur joueur de la finale 2025 — refuse de jeter la saison aux oubliettes. Ce double sacre européen place l'UBB parmi l'élite absolue du rugby continental. Dans quelques années, les supporters se souviendront avant tout du trophée. Mais l'absence des phases finales du Top 14 laissera une question suspendue, longtemps.
Mercato : un effectif en renouvellement
Face à ce bilan contrasté, l'UBB entame une reconstruction ciblée de son effectif pour la saison 2026-2027. Le club affiche 13 départs et 10 arrivées, avec 12 prolongations qui témoignent d'une volonté de stabiliser le cœur du groupe.
- Lasha Pkhakadze Pilier · Nevers
- Alex Moon 2e ligne
- Tom Willis 3e ligne · Retour
- Hugo Reus Ouverture · Retour
- Enzo Reybier Retour de prêt
- Jacques Nguimbous Retour de prêt
- Zaccharie Affane Pilier · Prêt Brive
- Joey Carbery Ouv. → Leinster
- Jon Echegaray Arr. → Montpellier
- Jonny Gray 2e ligne
- Bastien Vergnes-Taillefer 3e ligne
- Lachlan Swinton 3e ligne
- Toma'akino Taufa Pilier
- Louis Mary Pilier
Les prolongations constituent l'ossature de ce mercato. Sipili Falatea, Temo Matiu, Martin Page-Relo, Romain Buros, Pablo Uberti et Yoram Moefana ont tous paraphé de nouveaux baux, confirmant la confiance du club en ses cadres. En première ligne, le jeune pilier géorgien Lasha Pkhakadze (22 ans, formé à Nevers) apporte une solution JIFF appréciable.
Le retour de Tom Willis en troisième ligne et celui d'Hugo Reus à l'ouverture offrent de l'épaisseur à un effectif qui a parfois souffert de la profondeur de banc cette saison. À noter le départ de l'Irlandais Joey Carbery, qui rejoint son club formateur du Leinster, et celui de Jon Echegaray, le jeune arrière basque qui a rapidement pris ses marques à Montpellier — où il a même remporté la Challenge Cup — après avoir quitté l'UBB en cours de saison.
« Hugo Reus et Tom Willis vont faire leur retour au club, deux renforts ciblés pour densifier les secteurs en renouvellement. » — Analyse du mercato girondin